Berlin 1986 époque 1989
108 photographies NB baryté 21 X 21 cm
rassemblées dans un format 286 X 214 - exemplaire unique
Première présentation : Galerie Domi Nostrae - Lyon - 1989
Les 108 photographies sont présentées individuellement
format 50 X 50 cm, tirages limités à 3 ex
Aujourd’hui, le travail de Blaise Adilon a pour base matérielle les mêmes vues de Berlin que dans la pièce de 1986. Bien que différent, il participe de la même interrogation sur l’identité de l’histoire, de notre culture, de l’homme mais aussi de l’observateur qui apporte son point de vue sur les unes et sur l’autre. La version 1989 de Berlin a perdu l’aspect narratif et dramatique contenu dans la précédente. Cette pièce de quatre mètres sur quatre est également conçue comme une série de plan successifs dans lequel revient, à présent, le même personnage dans la même attitude et inscrit en surimpression dans différents lieux de la ville.
En d’autres circonstances, il aurait été possible de l’interpréter comme l’image type de l’antihéros. Le propos va plus loin. L’errance de l’homme ne crée pas un destin. Son absence de mémoire et d’avenir est telle que le personnage, soumis au hasard, subit des métamorphoses qui s’apparentent à des mutations d’identité. Il faut oublier que ces transformations sont obtenues par superpositions de clichés, ignorer la technique pour ne retenir que les coïncidences, curieuses, certaines fois chargées d’humour et dégageant une impression de déliquescence. Chaque plan reste un événement clos, sans lien direct avec le précédent ou le suivant. Dans tous les cas de figure, le proche milieu absorbe le personnage, lui ôtant toute consistance humaine.
On comprend qu’il y a plus, et plus grave, qu’être débordé par les événements : se laisser dépasser par l’environnement. Un environnement qui alors perd sa valeur de lieu et se vide à son tour de souvenirs et de futur.
L’image fictionnelle trahit ici l’anéantissement au cœur de la vie, le vain effort de la mémoire à surprendre le réel, et la puissance de l’imaginaire. En fait, cette œuvre retrace moins la lente décomposition de l’homme qu’elle ne relate la hantise de la disparition. On dit bien que le néant immédiat élève la vie jusqu’à l’éclat, cet éclat si particulier qui se perd dans l’oubli de la mort. Berlin 1989, prenant la mesure de l’absence, rend cet éclat, mais dans une lumière d’une intense légèreté.
Guy Argence In Catalogue Domi Nosrae