exposition Galerie Métropolis
Février 2001
photographies barytées à exemplaire unique
collection privée
Blaise Adilon : La photographie hors-cadre
Blaise Adilon expose actuellement à la galerie Métropolis. Des photographies violentes qui sortent largement du cadre pour s’emparer de l’espace. Il faut regarder l’exposition de Blaise Adilon à la galerie Métropolis comme une histoire. Une véritable histoire de la forme que le temps scande. Car ce qui se lit sur les murs est bel et bien la mise en place d’un nouveau travail. Il faut donc commencer, bien entendu, dans l’ordre, ordre, qui faut-il le préciser n’existe pas dans l’accrochage. Le premier regard se remplit, on pourrait dire plutôt fait face à la violence de la présence de ces photographies. Ce qui agresse l’œil et le perturbe d’abord, ce sont les dimensions des pièces. La photographie s’imagine toujours en effet à l’intérieur d’un cadre, elle se définit presque comme œuvre dans ses rapports à celui-ci. Or, Blaise Adilon propose une version libre de la matière, le papier photo devient avec lui une immense feuille et joue complètement sur une idée de la fragilité qui n’est généralement pas de mise dans ce genre d’exercice. Outre le format, qui emprunte à un vocabulaire artistique, le contenu lui aussi participe au décloisonnement de la photographie. Le spectateur a l’impression de voir des gestes, de la peinture jetée sur une toile, et ce faux-semblant brouille encore les frontières. Grâce à une technique parfaitement maîtrisée, Blaise Adilon s’amuse, d’émulsion en temps de pose, à redécouvrir les possibilités infinies qu’offre la photographie et à nous faire redécouvrir ainsi comme un support complètement imaginatif.
Lorsque l’on pénètre dans la galerie, ce sont des aplats de couleurs acidulées qui s’imposent, puis il faut s’approcher et regarder, reprendre le fil de la construction et suivre le parcours de l’artiste. Dans le même espace, plusieurs propos cohabitent. Le problème du sujet, de la figure sert de filigrane. Dans certaines photographies, au second plan, et souvent perdu dans l’apparition d’un mouvement, on reconnaît ainsi des têtes de moutons, des signes vagues du réel. Ces représentations, à prendre en résonance avec le sacrifice, voire la rédemption sont des sujets récurrents jusqu’à présent dans l’œuvre de Blaise Adilon. Or, on a l’impression ici qu’il évacue à travers eux un ancien travail pour laisser place à une nouvelle approche formelle. Les têtes de ces animaux bibliques semblent du coup brûler une bonne fois pour toute dans le charivari de la matière. Curieusement, elles s’immiscent comme des fantômes sur une grande photographie qui reprend à son compte le fameux tableau de Courbet, l’Origine du monde.
Entre cette référence historique et la présence presque diaphane d’une ancienne préoccupation, Blaise Adilon tord le coup une bonne fois pour toute à son passé. Ayant mis à plat le problème de la référence personnelle et celui de la référence artistique, il se permet alors une incursion en toute liberté dans l’image. Symboliquement, ce sera celle d’une naissance. Le réel qui demeure une inévitable confrontation pour l’acte photographique s’en trouve chargé de sens. La scène représente donc un enfant qui vient de naître, enveloppé des deux mains qui l’ont aidées à venir au monde. Blaise Adilon en a fait un triptyque, l’image coupée en trois bandes se reconstitue en effet sur le mur et s’il a utilisé le noir et blanc, il a su les appréhender comme des volumes abstraits et proposer du coup une distance. Dans cette photographie, on retrouve en fait, cette volonté de violence qui a toujours animé l’artiste. L’aspect radical ne provient plus alors, de l’abstraction, de l’oubli de cet incontournable rapport au sujet mais bien du point de vue, de la manière dont est restitué ce dernier.
Blaise Adilon a trouvé une ampleur, dans la présence physique qu’il impose à son œuvre et dans cette lutte évidente qu’il mène contre la réalité. Un travail à fleur de peau qui décoiffe et surtout s’offre le luxe d’un avenir, c’est-à-dire d’une nouvelle perspective au sein de ses recherches formelles.
Hauviette Béthemont - Petites affiches lyonnaise du 7 Février 2001.